La_Veillee_II_by_zoelle.jpg


***Je ne reconnais rien de ce qui a pu être dit sur elle. L'écriture courante s'est très vite éloignée du sujet et elle lui est devenue terriblement extérieure. Elle n'a plus aucun rapport à l'image ni même au silence qui déterminait à lui seul le véritable intérêt du récit. La plaie était évidente, la trahison était déjà là, dans la forme première du texte.


***Je la préfèrerais perdue, mêlée d'ombres, sans limites possibles...Elle n'était pas faite pour s'exposer au monde, mais pourtant elle s'est retrouvée là, elle a habité ce lieu commun à tous les livres et elle s'est portée au devant du mot, elle s'est couchée sur le bord du chemin, comme un détail insoupçonné du paysage. Je la retrouve mélangée à la profondeur de l'azur, à l'immensité impardonnable de son désert, de ses ruines. Sanguine. Incontrôlable.


***Et elle danse inévitablement à l'envers du soleil, collée à sa rive absurde, et elle porte son corps dans les cendres du Pacifique, et s'engouffre au cœur des vagues. Déjà elle n'a plus de volonté propre, elle est seulement l'instrument de l'histoire, une héroïne indifférente, décolorée, usée à la lecture.


***Marta, amère, ingénue.***


***Et elle crie de douleur, comme elle crierait d'amour. Un cri évaporé dans la nuit. Elle non plus elle ne sera jamais entendue en retour, elle en a la certitude. Mais ça ne l'empêche pas d'hurler de toutes ses forces, pour que cela soit fait, écrit quelque part dans l'horizon, jeté dans le cours du temps.


***Le désir est déjà absent de tout. Il a été ôté depuis longtemps de cette masse, de l'enfer inhérent à cette terre éloignée du monde. Ce désir là marche en travers de l'histoire, il a son chemin à part entière dans l'enjeu du livre, hors d'elle, hors du conte. Elle porte en son sein cette douleur inégale, absolue, qui la fait étrangère au reste de l'univers.

By Lady Senea