"[...] il n'y aura pas d'autres Médée, jamais, sur cette terre. Les mères n'appelleront jamais plus leurs filles de ce nom. Tu seras seule, jusqu'au bout des temps, comme en cette minute. "

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"Nous pouvons être malheureux maintenant, Médée, nous pouvons nous déchirer et souffrir. Ces jours nous ont été donnés, et il ne peut y avoir jamais de honte ou de sang qui les tachent…
Un silence. Il rêve un peu. Médée s’est accroupie par terre pendant qu’il parlait, ses bras autour de ses genoux, la tête cachée. Il s’accroupit par terre près d’elle sans la regarder.
Après, le petit soldat a repris son visage de femme et le capitaine a dû redevenir un homme lui aussi et nous avons commencé à nous faire mal. D’autres filles sont passées dans les rues que je ne pouvais pas m’empêcher de regarder. J’ai entendu pour la première fois, étonnée, ton rire fuser avec d’autres hommes et puis tes mensonges sont venus. Un seul d’abord, qui nous a suivis longtemps comme une bête venimeuse dont nous n’osions pas fixer le regard en nous détournant, puis d’autres, chaque jour plus nombreux. Et le soir quand nous nous prenions en silence, honteux de nos corps encore complices, tout leur troupeau grouillait et respirait autour de nous dans la nuit. Notre haine a dû naître alors d’une de ces luttes sans tendresse et nous avons été trois désormais à fuir, elle entre nous. Mais pourquoi redire ce qui est mort ? Ma haine aussi est morte… "

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"MÉDÉE
Mais quelle fête? Quel bonheur qui pue jusqu'ici leur sueur, leur gros vin, leur friture?
Gens de Corinthe, qu'avez-vous à crier et à danser? Qu'est-ce qui se passe de si gai ce soir qui m'étreint, moi, qui m'étouffe?...Nourrice, nourrice, je suis grosse ce soir. J'ai mal et j'ai peur comme lorsque tu m'aidais à me tirer un petit de mon ventre... Aide-moi, nourrice! Quelque chose bouge dans moi comme autrefois et c'est quelque chose qui dit non à leur joie à eux là-bas, c'est quelque chose qui dit non au bonheur.

Elle se serre contre la vieille, tremblante.

Nourrice, si je crie tu mettras ton poing sur ma bouche, si je me débats tu me tiendras, n'est-ce pas? Tu ne me laisseras pas souffrir seule... Ah! tiens-moi, nourrice, tiens-moi de toutes tes forces. Tiens-moi comme lorque j'étais petite, comme le soir où j'ai failli mourir en enfantant.

J'ai quelque chose à mettre au monde encore cette nuit,
quelque chose de plus gros, de plus vivant que moi.
Et je ne sais pas si je vais être assez forte.

MÉDÉE, crie soudain.
Merci, Jason ! Merci, Créon ! Merci la nuit ! Merci tous ! Comme c'était simple, je suis délivrée.
LA NOURRICE, s'approche.

Mon aigle fière, mon petit vautour...

MÉDÉE
Laisse, femme ! Je n'ai plus besoin de tes mains. Mon enfant est venu tout seul. Et c'est une fille, cette fois.

O ma haine ! Comme tu es neuve...
Comme tu es douce,
comme tu sens bon.
Petite fille noire,
voilà que je n'ai plus que toi
au monde à aimer."