Et puis il y a cet homme, cette force de la nature qui aspire au respect. C'est le grand frère de celui dont je vous ai parlé, celui à l'imperméable, perdu pour toujours dans la neige fondue de Sivry...

C'est encore et toujours le temps de la guerre, celui des privations, du sucre en haut des armoires, des capes mille fois rapiécées, des souliers élimés jusqu'à la pointe...

C'est l'histoire d'une patrie bifide éventrée sur le bas côté, et qu'on a jeté bien malgré elle en travers tout ça, en travers de toute cette horreur.
C'est encore la rengaine vertigineuse de la misere.

Mais voilà qu'il est blessé, lui, ce géant du Nord, alors qu'il se battait en Syrie au service de la France libre.

Aléa éblouissant de l'Histoire...
...l'ennemi là bas, c'était son propre sang.
"Liberté Egalité Fraternité"
-Des tirs en continus...-
Français contre Français.
Les troupes nationales bombardées sans répit par l'aviation Gaulliste, bombardée de paire par l'Angleterre. Coincées entre les enfants de Rommel et ceux qu'elles sont venues pourtant défendre.

Le soleil est cuisant.
L'air est irrespirable,
âcre et vénéneux...

Et voilà qu'il est blessé
au sein de ce conflit effacé des livres scolaires.

Convalescent, il retourne à l'île, dans ce petit village bordé d'azur -évaporé dans le maquis-.
Ce village intemporel que le Père -qu'il vient de perdre- avait quitté un quart de siècle plus tôt, appelé à défendre son Pays lui aussi au cours d'une autre guerre comme tant d'autres garçons.

Il retrouve les parfums de myrthe et d'arbouse,
Un mariage a eut lieu.
On vient de planter des Eucalyptus et un Micocoulier pour l'occasion.
Dans quelques années,
près du lavoir, les enfants du village viendront y retrouver la fraicheur de son ombre après la classe.

De retour sur le continent,
il aura un peu trop lu Maurras.
Il envoutera les foules en évoquant le retour des rois.
On l'emprisonnera pour raisons politiques.
C'est la France des années cinquante... On n'entache pas impunément un culte de cette manière. De Gaulle est à Paris.

Espérant fêter son retour dans le monde, son petit frère achètera de grands vins, peut-être les mêmes que leur père vendait au porte-à-porte pour la maison Chanson.
Mais Jacques est malade.
Les poumons.

Personne n'osera entamer les bouteilles.
Et les années changeront le vin en eau...



(Article coécrit par Jean-Do...)