Je pourrais vous raconter ces enfants de Milan,
de Pise,
l'arrivée sur l'île
et puis le temps de Gênes...
Il y aurait aussi le travail de la terre,
beaucoup,
pendant des generations...
rythmé par le défilé sans répi des rois de France,
bercé par le flegme insulaire.

Je pourrais également vous parler du soleil,
des epaules qui brûlent en fin de journée,
des mains ensanglantées pour construire Pantaglione,
pour creuser un foyer plein d'humilité
au coeur de cette vegetation sauvage de la plaine orientale...

Et puis les siecles passeraient,
il y aurait Napoléon,
l'Empire
et toujours ce soleil aveuglant sur toutes les enfances du pays...

de cela personne ne peut plus rien dire,
on sait juste qu'ils étaient là
-quelque part-
avec vue sur la mer...

Puis vient le temps dont on se souvient...
Aout 1914.
Les quatre garçons,
presque des hommes dejà,
partent au front.
En ces temps là c'est ainsi.
On envoie les corses comme de la chair à canon,
on les envoie comme les enfants des colonies,
on les envoie mourir pour la France,
mourir en héros loin de leur soleil....

Ils quittent l'ile,
l'histoire des ancêtres...
Le coeur déborde en quittant Bastia.
Aucun des quatre ne reviendra ici.

By Lady Senea