Your mother should know

"Chaque homme est une humanité, une histoire universelle."
Jules Michelet

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samedi, septembre 26 2009

L'Illusionniste II



Il a le regard vague.
Toujours.
Et en tous lieux.

Un costume gris,
des rayures blanches.
Pas un seul faux pli.
Et un de ces chapeaux à la mode.
Un truc à la Clyde Barrow.

Il a même un carré de mouchoir blanc
brodé à la pointe du coeur.
Droit dans la poche.

Toujours il pense à lui.
A ce père.
L' inconnu.

-Cette image,
Unique entre toutes,
c'est comme un trésor
dans le vacarme de la ville...-

La seule chose ayant survécu aux portes de l'enfance.


Une photographie
aux reflets jaunis.

*
1917.
C'était l'automne.
Le sol était déjà glacé en pleine Russie.

Alors on l'a enterré là,
lui et quelques autres.
A fleur de terre.

Même avec toute la volonté du monde,
on n'aurait pas pu creuser plus...

Alors on l'a enterré là,
on a remué un peu la terre,
on a planté le Christ juste au dessus,
un petite prière à l'abri des tirs croisés,
pas même un nom,
juste une photographie.

Et lui,
des années après,
il ne lui reste que ça
de cette épave de père.

Toujours et en tous lieux.
Il garde ce regard vague.

Et, collé coeur contre coeur,
il traine ça partout où il va,
cette poignée de terre du bout du monde,
d'une autre époque...
Bien à l'abri des balles.

By Lady Senea

vendredi, février 6 2009

L'Alsacienne



part I (click)

"Vas-t'en mon enfant...
Vas t'en je t'en prie.

Il n'y a plus rien d'autre à faire,
tu le sais...

Vas t'en te dis-je.
Pas même de la boue...
non mon enfant,
tu n'es plus rien.

Qu'as tu donc fait?
Mon Dieu,
vas t'en, je t'en supplie...

Il va falloir oublier,
il va falloir mentir...
Tu ne comprends donc rien à rien...

Il va falloir cacher ce ventre,
ces seins...

Il va falloir s'en aller,
tu le sais ça aussi....

Mon enfant,
ne baisse pas les yeux.

Ce n'est pas la fureur de ton père qu'il te faut craindre...
Ce n'est pas le dégoût de ta mère...
Ca non plus...

Mon enfant, sois raisonnable,
pars,
pars et emporte ce ventre loin d'ici...
Il sont plus à craindre que tous ces soldats..."

Les heures passent.
On hurle.
On se tait.
On se jette sur elle...
On la gifle,
on l'insulte.

Soudain on ose,
du bout des lèvres,
on dit les mots...

"-Déshonneur-
-Désespoir-"

C'est vrai qu'on est au désespoir dans cette minuscule cuisine...

Elle,
elle n'entend rien
pas même les pleurs,
pas même les gémissements de sa mère...

Elle ne leur laisse rien...
-par habitude-.

"Déjà tout m'est étranger...
Il ne me reste plus rien de toi ."

L’enfant remue un peu,
on l'a réveillé...
C’est comme un soleil brûlant en plein ventre.

Voilà qu'elle comprend.
La vermine est a point.
Distillée dans le cœur des hommes...

By Lady Senea

jeudi, mai 15 2008

L'Anathème



C'est dans la chaleur électrique d'une fin d'été.
Au beau milieu des années cinquante.

Elle se réveille,
encore émerveillée de la nuit passée.
Elle à huit ans.
L'odeur savoureuse de la chicorée la tire de son sommeil.
Tout doucement,
elle enfile ses mules,
se frotte un peu les yeux.

La mère est là,
engourdie d'un demi siècle déjà.
Elle caresse les cheveux blonds,
l'installe autour de la table,
lui sert un chocolat chaud.

Le soleil est cuisant.

La petite soeur est avachie sur le canapé
elle joue avec sa poupée de chiffon,
hagarde.

Et voilà le père qui rentre au salon,
le regard au ras du sol,
un sceau rempli de mousse à la main,
un chiffon noirci dans l'autre.

Encore une fois,
il s'est levé aux aurores.
Encore une fois.

Lui,
l'Alsacien,
le petit chimiste dont je vous avais parlé.
Le père illusionniste...

Encore une fois,
il a refermé la porte sans un bruit,
il est descendu pieds nus,
pour ne pas les réveiller.

-Ca il ne veut pas.-
Il ne veut pas qu'elles voient l'horreur,
l'amalgamme atroce de sa génération,
-pas à cet âge là.-

Une fois encore,
il a frotté pendant des heures,
sous le soleil tapant,
pour effacer la honte.
Une croix gammée de plus sur la façade.
-L'oeuvre de la Nuit.-

Elles,
elles n'en sauront rien avant longtemps
de toutes ces marques qui lacèrent le coeur,
juste en bas des escaliers.

Toute l'enfance elles ignoreront ça de lui,
leur amour de père,
le Roi de l'illusion...

By Lady Senea

jeudi, mai 8 2008

Frankly, my dear, I don't give a damn!



A trois ans,
je ne désirais pas me marier avec mon papa
comme la plupart des petites filles en rêvaient...
Non, Non.
Pour tout vous dire,
je trouvais cela carrément dégueulasse même.

Moi je voulais me marier à Clark Gable...
J'aurai pu tout quitter pour lui,
partir avec ma sucette-marguerite et mon lapin rose...
Filer à l'anglaise pendant la sieste...

Au lieu de cela je suis restée.
Je ne sais même pas pourquoi,
peut être parce que le film était fini,
ou qu'il était l'heure de goûter.

J'ai lâchement abandonné Clark sur les terres de Georgie.
Oh je n'en suis toujours pas fière d'ailleurs.

Dans sa petite chambre de pensionnat miteux,
il n'y avait qu'une seule et unique photographie délavée
accrochée au dessus du lit de Marilyn Monroe.
Celle de Gable,
la moustache espiègle
et les oreilles décollées.
Petite fille,
elle s'était persuadée,
qu'il était son père,
quitte à s'en choisir un,
autant opter pour un père nomade de papier glacé...

By Lady Senea

mercredi, mai 7 2008

Forever Young



Au fait,
j'ai croisé Bob dylan
-y a pas si longtemps que ça -
en train d'aller acheter son lait à l'épicerie du coin.
Il était encore très tôt,
un mardi peut-être.

Le tram était embué par nos respirations...

Et lui il était là,
nonchalant,
le corps maigre et sans force,
à traîner ses semelles trouées sur le macadam.

Y avait comme un rayon de soleil
pour dégriser la scène.


Monsieur Zimmerman,
et ses cheveux bouclés,
son regard absent,
à peine vingt ans.

-Retour en plein coeur du Freewheeling-

Monsieur Zimmerman et sa bouteille de lait entier.
La brune avait repris l'Highway 61 depuis des lustres déjà.

Monsieur Zimmerman,
ou peut être n'importe quel gamin du coin,
en fait
.

By Lady Senea

dimanche, avril 20 2008

La Coloniale



Et puis il y a cet homme, cette force de la nature qui aspire au respect. C'est le grand frère de celui dont je vous ai parlé, celui à l'imperméable, perdu pour toujours dans la neige fondue de Sivry...

C'est encore et toujours le temps de la guerre, celui des privations, du sucre en haut des armoires, des capes mille fois rapiécées, des souliers élimés jusqu'à la pointe...

C'est l'histoire d'une patrie bifide éventrée sur le bas côté, et qu'on a jeté bien malgré elle en travers tout ça, en travers de toute cette horreur.
C'est encore la rengaine vertigineuse de la misere.

Mais voilà qu'il est blessé, lui, ce géant du Nord, alors qu'il se battait en Syrie au service de la France libre.

Aléa éblouissant de l'Histoire...
...l'ennemi là bas, c'était son propre sang.
"Liberté Egalité Fraternité"
-Des tirs en continus...-
Français contre Français.
Les troupes nationales bombardées sans répit par l'aviation Gaulliste, bombardée de paire par l'Angleterre. Coincées entre les enfants de Rommel et ceux qu'elles sont venues pourtant défendre.

Le soleil est cuisant.
L'air est irrespirable,
âcre et vénéneux...

Et voilà qu'il est blessé
au sein de ce conflit effacé des livres scolaires.

Convalescent, il retourne à l'île, dans ce petit village bordé d'azur -évaporé dans le maquis-.
Ce village intemporel que le Père -qu'il vient de perdre- avait quitté un quart de siècle plus tôt, appelé à défendre son Pays lui aussi au cours d'une autre guerre comme tant d'autres garçons.

Il retrouve les parfums de myrthe et d'arbouse,
Un mariage a eut lieu.
On vient de planter des Eucalyptus et un Micocoulier pour l'occasion.
Dans quelques années,
près du lavoir, les enfants du village viendront y retrouver la fraicheur de son ombre après la classe.

De retour sur le continent,
il aura un peu trop lu Maurras.
Il envoutera les foules en évoquant le retour des rois.
On l'emprisonnera pour raisons politiques.
C'est la France des années cinquante... On n'entache pas impunément un culte de cette manière. De Gaulle est à Paris.

Espérant fêter son retour dans le monde, son petit frère achètera de grands vins, peut-être les mêmes que leur père vendait au porte-à-porte pour la maison Chanson.
Mais Jacques est malade.
Les poumons.

Personne n'osera entamer les bouteilles.
Et les années changeront le vin en eau...



(Article coécrit par Jean-Do...)

lundi, février 4 2008

Caprices Insipides...



-St Paul's Cathedral.-
Comme un revers disgrâcieux sur l'enfance.

***

-Midi moins cinq. Big Ben s'impatiente.-

****

Le Grand Londres.
-A ciel ouvert.-
C'est un crime affligeant
qui est sur le point de se produire,
juste là,
à cet instant précis de l'hiStoire,
au détour de cette rue pavée d'un autre temps...

C'en est d'une banalité inquiétante.

Et puis, il y a ce fog désuet,
pour miner la scène,
et ouvrir la marche funèbre.

Et Londres se fait lourd,
se perd dans le chuchotement poussiéreux de ses galeries.
La grisaille du ciel dégouline jusque dans les rigoles boueuses du petit quartier miteux,
Et vient éclabousser les marches de la cathédrale,
égratignant au hasard le marbre des statues.
Il y a aussi ce claquement de talons
-invisibles-,
comme une rumeur absurde,
qui vient ébranler la pierre à son tour.
Les lampadaires
torturés qui faibliSsent dans la brume finissante...

Et quelque part entre deux pinteS
(ou plutôt six en fait...)
il y a ce désir abhérant
comme point de départ.
Un Hallali
terriblement naïf,
Navrant, en somme.

***

Aujourd'hui encore
je puiS vous l'affirmer:
j'ai vu les oiseauX,
les saints,
les apôtres
et le petit parvis maussade
abandonné au givre .

J'ai prêté attention au silence,
et courbé l'échine dans le vertige de ses tours séculaireS.

J'ai même pris soin d'éviter Nelson,
et les rancoeurs balnéaires
qui font la légende de la perfide Albion.

Mais voyez vous,
elle n'était venue pas au rendez vous.
Elle ne s'était même pas donné la peine
de se pointer là
au pied des marches.

Cette bougresse aux pigeons s'était payé le luXe
de me poser le plus beau lapin de ma vie.

Deux pences pour engraisser de la volaille royaliste,
c'était déjà une idée qui me gonflait au plus haut point,
mais supporter, au delà de ça,
l'impolitesse d'une indigente victorienne
c'était diluer
à jamais
mon ultime élan d'innocence
danS le brouillard londonien.

***

-Big Ben Sonne. Et Mary Poppins est une connasse.-

By Lady Senea

***



Nourrir les p'tits oiseaux


Saint Paul's Cathedral,
On dit qu'elle sert à situer l'action à Londres,
Comme Notre dame dans le ventre de Paris.
(moi je l'aurais placé à Abbey Road leur centre d'action, on se serait moins fait couillonner...)
(oui je sais tout ça pour cette conclusion là ... )



"Et Londres n'est plus
Comme avant le déluge
Le point de Bruges
Narguant la mer
Londres n'est plus
Que le faubourg de Bruges
Perdu en mer
Perdu en mer"


jeudi, janvier 10 2008

Les PluieS d'Eté



Je pourrais vous raconter ces enfants de Milan,
de Pise,
l'arrivée sur l'île
et puis le temps de Gênes...
Il y aurait aussi le travail de la terre,
beaucoup,
pendant des generations...
rythmé par le défilé sans répi des rois de France,
bercé par le flegme insulaire.

Je pourrais également vous parler du soleil,
des epaules qui brûlent en fin de journée,
des mains ensanglantées pour construire Pantaglione,
pour creuser un foyer plein d'humilité
au coeur de cette vegetation sauvage de la plaine orientale...

Et puis les siecles passeraient,
il y aurait Napoléon,
l'Empire
et toujours ce soleil aveuglant sur toutes les enfances du pays...

de cela personne ne peut plus rien dire,
on sait juste qu'ils étaient là
-quelque part-
avec vue sur la mer...

Puis vient le temps dont on se souvient...
Aout 1914.
Les quatre garçons,
presque des hommes dejà,
partent au front.
En ces temps là c'est ainsi.
On envoie les corses comme de la chair à canon,
on les envoie comme les enfants des colonies,
on les envoie mourir pour la France,
mourir en héros loin de leur soleil....

Ils quittent l'ile,
l'histoire des ancêtres...
Le coeur déborde en quittant Bastia.
Aucun des quatre ne reviendra ici.

By Lady Senea

mercredi, décembre 19 2007

Soirées D'hiVer



Je pourrais aussi parler de ce petit chimiste
pauvre comme c'est pas possible
mais qui,
à chaque Noël ,
bouleverse le monde entier
pour ses petites filles.

Il trime sans relâche
dans une de ces sociétés qui sent le soufre.

Il veut ça pour ses petites chéries:
la féérie de l'enfance,
toujours,
et en tout lieuX...

By Lady Senea

jeudi, novembre 1 2007

Innocence



Et Puis je pourrais vous la décrire elle aussi,
cette autre jeune fille.

-L'Alsacienne.-

A la sortie de la guerre,
celle que l'on a tondue,
celle qui a mal de ce vide à la place du ventre,
elle a le coeur qui saigne,
qui s'essoufle au moindre regard.
Les gouttes de lait debordent de son corsage.
-La voilà trahie.-
Elle est menée en place publique,
on lui crache dessus,
on la bat,
on l'insulte,
on l'abîme,
on l'humilie.
On se venge de cet amour là.

Elle ne leur laisse rien.
Pas une larme.
Rien n'est laissé à ces chiens en furie.

Elle,
Elle ne pense qu'à cet enfant,
à cette absence folle.
Qu'importe le vacarme dans ses oreilles ce jour là...

By Lady Senea

jeudi, octobre 4 2007

RegretS



Il y aurait aussi cet autre père impossible,
cet homme dont je vous ai parlé,
celui de l'imperméable.

Les années ont passé très vite,
il a finit ses etudes,
il est medecin désormais.

La jeune fille aux joues roses de la guerre,
il l'a épousée.

Au début il n'a rien,
il commence ses visites à vélo,
puis il se construit une famille,
un nom.

Il est dévoué à son art.

Il trime
lui aussi.

Tous les matins,
pendant des années,
il ira en radiographie,
auprès de ses patients.
Il se donne jusqu'au bout,
sans protection.
Il paiera très cher le prix de cette inconscience.

Une leucémie...
"les rayons X" on dira par la suite.

Elle,
elle ne pourra jamais oublier les matins de Sivry,
les chemins enneigés...

Elle ne le remplacera jamais cet homme à l'imperméable...

By Lady Senea

Les Matins de Sivry



Je pourrais vous raconter aussi des années après...
C'est une autre ville,
un hiver cette fois,
une autre guerre aussi,
une guerre pleine de silence et d'indignation.

C'est la zone occupée.

Il marche d'un pas décidé.
Il a froid,
terriblement froid.
Il n'a que cet imperméable froissé à mettre sur le dos...
Mais voilà,
lui il est fier,
il a gardé cet héritage de l'ile...
Et pour ne pas montrer ce manque d'argent omniprésent autour de lui,
il ouvre cet impermeable,
pour faire croire qu'il a beaucoup trop chaud malgré décembre.
Il se paye le luxe de crever de froid pendant plus de quatre ans...
Il est pupille de la Nation.

Elle,
elle vit avec sa mere et ses trois soeurs au dernier étage de ce petit appartement de Blandan.
En face il y a la caserne,
occupée par les allemands.
Et de cet autre homme,
elle s'en rappelle;
elle l'a vu se faire piétiner pour l'exemple,
elle a le gout du sang chaque jour entre les levres,
le corps est resté plusieurs jours bordé par cette flaque immense.

De leurs vingt ans il reste ça,
cette peur qui fait le vide dans la ville,
tout autour d'eux.

Chaque jours ils se croisent,
ils empruntent le même chemin.
Ils habitent à quelques rues l'un de l'autre...

By Lady Senea